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"L'humanité n'a que deux options devant elle : changer tout de suite de cap, ou disparaître."

Cet avenir-là peut n'être pas le nôtre si, justement, nous agissons.

Article de Nicolas Beretti que nous recevrons à la CCI de Grenoble pour Ecobiz le 6 octobre prochain, inscrivez vous ! : Cliquez ICI

 

Nicolas Beretti

Nicolas Beretti

Entrepreneur⎮Speaker⎮Auteur⎮J'essaie de créer, de dire et d'écrire des choses utiles (ou pas)
 
 

Parfois, réduire un problème complexe à sa plus simple expression est bénéfique, car cela permet l'action - là où la complexité a tendance à l'inhiber. Permettez-moi d'essayer ici, car l'action est devenue essentielle, pour tout le monde.

Le problème en une phrase

Sans verser dans la dramatisation excessive (ce n'est pas le but ici, au contraire) il semble que l'humanité n'a que deux options devant elle : changer tout de suite de cap, ou disparaître. Si l'effondrement de notre civilisation est inéluctable, mais historiquement anecdotique (aucune civilisation n'est éternelle), la destruction, à ce point, de notre environnement est en revanche absolument inédit : nous pourrions être la dernière civilisation à disparaître, tout simplement parce qu'on aura rendu notre planète inhabitable.

Ceci étant posé, simplifions à nouveau les choses, car cet avenir-là peut n'être pas le nôtre si, justement, nous agissons. Face à cet effondrement, nous avons tous, à l'échelle individuelle, un simple choix à faire :

  • Ne rien faire, en invoquant toutes les excuses du monde, et collaborer ainsi à cet effondrement par lâcheté, peur ou ignorance : c'est la voie du leadershiT ;
  • Résister à cet effondrement, avec courage, lucidité et détermination, et commencer à faire quelque chose : c'est la voie du LeadershiP.

Le but de cet article est de mettre en lumière comment fonctionne le LeadershiT pour mieux l'identifier et le combattre, puis de montrer comment "switcher" du LeadershiT au LeadershiP. Et à quel point ce n'est pas si compliqué que ça.

Dans cette nécessaire Résistance, les entreprises, qui sont le coeur du problème, sont aussi le coeur de la solution, car leur pouvoir d'impact sur le monde est sans commune mesure avec celle des Etats, des ONG ou des citoyens. La transformation du business est donc essentielle, et cela passe par d'abord par ses dirigeants, dont le job n'est pas (uniquement) de donner des directives, mais aussi et surtout de montrer la direction (d'où le terme "Comité de Direction"...). Et dans ces Comités, le rôle du CEO est celui d'un capitaine : il doit avant tout définir un cap, et le tenir. Porter la casquette du capitaine et bénéficier des privilèges qui vont avec sans assumer cette grande responsabilité s'appelle être un gestionnaire, pas un visionnaire. Et on voit dans quelle impasse les gestionnaires nous ont conduits jusqu'à présent...

Comprendre le LeadershiT

L'état (lamentable) du monde aujourd'hui est la conséquence directe d'une logique incroyablement stupide, pourtant à l'oeuvre depuis des lustres, et que j'appelle la logique du "LeadershiT". Notre cerveau reptilien est programmé pour y obéir, et aller à l'encontre de cette logique est difficile, contre-intuitive et demande une forte détermination. J'ose croire qu'après quelques millions d'années d'évolution, nous allons finir par dompter un peu le reptile préhistorique qui sommeille en nous.

Le LeadershiT commence quand la direction donnée par le Codir, le "Purpose", est orientée vers la recherche du Profit. Si vous regardez autour de vous, vous verrez que c'est la direction donnée dans l'essentiel des entreprises, puisque les indicateurs phares du business sont toujours le CA et la marge - et les parts de marché, pour l'ego. En schéma, ça donne ça, à lire vers la gauche, dans le sens des flèches :

A ce stade, première impasse logique : imaginons que l'entreprise est une voiture, et l'argent est son carburant. Tout comme une voiture a besoin d'essence pour rouler, une entreprise a besoin d'argent pour fonctionner. Mais je n'ai jamais vu personne acheter une voiture uniquement pour y mettre de l'essence. On achète une voiture pour aller quelque part. Une entreprise dont le Purpose est l'argent n'a donc aucun sens, car elle ne va nulle part, elle tourne en rond. Le désengagement des salariés est alors inévitable, car l'humain a un viscéral besoin de sens pour avancer. La racine du mal concernant ces millions d'employés désengagés se résume donc ainsi :
 
 
leaderchip

 

 

Continuons sur ce schéma. Lorsque le Purpose d'une organisation est au service du Profit, celle-ci s'organise et se définit essentiellement à cette fin : les priorités de la direction seront donc tournées, dans cet ordre, vers :

  1. Les Process, pour optimiser la production, la distribution, les flux, les réseaux...et en réduire les coûts. L'obsession pour les "méthodes", quelles qu'elles soient (fordisme, toyotisme, maintenant lean, agiles, scrum...) en est l'illustration flagrante. Dans un système économique qui n'a aucun sens, ces méthodes, c'est comme le café : cela permet de faire toujours autant d'erreurs, mais plus vite et avec plus d'énergie.
  2. Les Produits, pour les fabriquer le moins cher possible, puisqu'il faut maximiser le Profit. C'est ce qui nous fait acheter des produits made in China au prix dérisoire, mais à l'impact écologique et social désastreux. Pour ceux qui sont familier de Simon Sinek, lui parlerait ici de "What". Se focaliser sur le What, sur les Produits, c'est, en outre, perdre de vue son Cap, avec les conséquences que l'on sait. J'en parle ici en vidéo, en 10min, si vous voulez creuser un peu.
  3. Les People : dans la logique LeadershiT, les employés sont un centre de coût, une variable d'ajustement, une "ressource humaine". Comme toute ressource, il convient de l'exploiter avec la plus grande rentabilité possible, puisque le KPI principal est toujours le Profit. Et à terme, le mieux est encore de la faire disparaître, car un robot coûte bien moins cher. L'hystérie de la digitalisation et de l'automatisation en sont les conséquences directes, là aussi.
  4. Enfin, en dernier malheureusement, on trouve la Planète. La maximisation du Profit entraine toujours la destruction des ressources naturelles, puisque la Nature n'a pas de valeur marchande. Pour faire bonne figure, une organisation LeadershiT qui se respecte possède quand même son département RSE, mais en silo, loin du business, et généralement dirigé par des gens super, mais qui se battent tous les jours contre la logique implacable du Profit. Leur mission tourne autour de "réduire l'impact environnemental" de l'entreprise. Mais "réduire son impact sur la planète", soyons francs, c'est comme "frapper moins fort sur son gosse": ça ne sert à rien, à la fin, les deux meurent. En ce sens, la RSE est pour moi le vrai cache-sexe de la transition écologique : purement décorative. La RSE se résume à "comment je dépense l'argent que je gagne", alors que le problème c'est "comment je gagne de l'argent". Bref, dans la logique LeadershiT, la planète est toujours détruite à la fin, ce qui se résume comme suit sur mon schéma :
pertedesens

Impasse logique au début, impasse logique à la fin, perte de sens et désengagement humain au milieu, voilà le résultat du beau cercle vicieux du leadershiT. Pour rappel, il n'y a ni jobs, ni croissance, ni marge, ni cotation boursière, ni client sur une planète morte. La voie du leadershiT est donc sans issue, et, à moyen et long terme, contre l'intérêt même des entreprises.

deadplanet

De LeadershiT à LeadershiP

La logique du LeadershiT est donc celle d'un cercle vicieux qui nous mène à une impasse. Faut-il donc tout changer, tout réinventer ? Oui, absolument. Mais ce n'est peut-être pas si impossible que ça. Comme souvent, la solution réside peut-être (sans doute) dans le problème. Reprenons le cercle du LeadershiT :

pertedesens

Ce que j'essaie d'expliquer, dès que je le peux, aux dirigeants que je rencontre, c'est qu'il n'est pas nécessaire de repartir de zéro : il suffit de changer la direction, et de mettre le Purpose non pas au service du Profit, mais de la Planète et des People. Sans rien changer d'autre à mon schéma que la direction dans laquelle le leadership regarde, tout change pourtant, car on peut enclencher alors le cercle vertueux du LeadershiP :

leadershiP

Le cercle vertueux du LeadershiP

  • Purpose, Planet, People

Dans cette logique, le Purpose de l'entreprise est d'abord au service de la planète et des gens (collaborateurs, clients, communautés). Ces derniers, qui se battent pour une cause plus inspirante que le simple Profit, retrouvent le Sens de ce qu'ils font. On le sait, l'engagement est d'ordre émotionnel, et l'entreprise LeadershiP est capable de susciter une émotion et un engagement car elle s'engage, elle aussi, authentiquement pour une cause. Elle ne cherche pas à plaire à tout le monde, client ou collaborateur, mais seulement à ceux qui comprennent. Dans ces organisations engagées, le désengagement n'est logiquement pas un problème, car le Purpose de l'entreprise recoupe celui du collaborateur : pour ce dernier, travailler pour cette entreprise, c'est simplement l'expression professionnelle de ses valeurs personnelles. Conséquence : chez Patagonia, par exemple, le turn-over est cinq fois moins élevé que chez d'autres marques de vêtement...

Engagement

L'entreprise LeadershiP ne cherche pas à être la première sur son marché, mais à avoir le meilleur impact sur la cause qu'elle a choisie. Elle ne parle pas de son ambition, qui n'inspirera jamais personne parce qu'au service d'elle-même, mais de sa mission, au service d'une cause qui la transcende, et qui guide chacun de ses choix. Elle pense Long Terme (Infinite Game) et non Court Terme (Finite Game), car elle a compris qu'on ne peut pas finir "premier du business" : cela n'a aucun sens, car le jeu ne s'arrête jamais. Le nombre de Codir avec qui je discute qui me présentent pourtant des Visions d'entreprise ne parlant que de leur future position de "leader" de tel ou tel marché est ahurissant. Personne ne veut aider quelqu'un à devenir le leader d'un marché...parce que personne n'est concerné par cet objectif égoïste. Comment engager qui que soit avec ce genre de vision ?

  • Product et Process

Les consommateurs, qui sont de plus en plus sensibles aux engagements des marques, achètent volontiers les produits des entreprises LeadershiP : 70% de la croissance d'Unilever repose ainsi sur ses marques "sustainable", tandis qu'Adidas et Parley ont imaginé et vendu, l'année dernière et à leur grande surprise, 17 millions de paires de chaussures fabriquées à base de plastique ramassé dans l'océan. En France, la marque "C'est qui le patron" ne vend pas simplement du beurre et de la crème fraîche, mais un combat, celui de la rémunération décente des producteurs et des paysans. Leur taux de croissance est à faire pâlir d'envie n'importe quelle entreprise.

  • Profit > Purpose

Ces entreprises ont repensé leur business model, leurs opérations, leur supply chain, bref, leur Process, pour être au service du Purpose, et non du Profit. Dans cette logique, si vous suivez le schéma, vous réalisez que le Profit devient alors au service du Purpose, et non l'inverse. Le Profit devient un moyen d'accomplir quelque chose de plus grand, un carburant pour aller quelque part. L'argent permet d'accomplir son Purpose, et non l'inverse. A partir de là, de transactionnelle, la relation à l'entreprise devient émotionnelle - que l'on soit collaborateur ou client. Car c'est bien de ce Purpose, de ce cap, que provient l'esprit d'aventure collective, l'envie d'embarquer à bord de l'entreprise, de la soutenir et de s'en faire l'ambassadeur. On s'attache à l'entreprise parce qu'on est attaché à la cause qu'elle défend. L'entreprise devient un moyen d'agir positivement pour cette cause, et non une fin en soi. Ce faisant, on passe du statut d'intéressé au statut d'engagé : on veut "en être" (client ou collaborateur), car on partage les mêmes valeurs, le même combat.

Pour finir, car j'ai déjà trop écrit

Il y aurait encore mille exemples à donner, mille détails à approfondir, mais j'ai déjà rédigé bien plus que ce que j'avais prévu, alors que je voulais vous éviter un véritable roman sur Linkedin. Mon objectif en écrivant cet article était de partager ma découverte de ce cercle vicieux du LeadershiT et de son pendant positif, le cercle vertueux du LeadershiP, parce qu'ils me semblent simples à comprendre et simples à utiliser pour initier la nécessaire transition des entreprises, dont le monde a urgemment besoin. Utilisez-le librement dans vos entreprises, dans vos Comex, Codir, et autres réunions managériales, car le temps presse et les nouvelles de la Terre ne sont pas bonnes.

Pour approfondir sur le sujet, vous pourrez jeter un oeil, entre autres, sur :

Vous pouvez aussi m'écrire directement, je ferai de mon mieux pour vous répondre.

Nous avons plus que jamais besoin de leaders courageux, de dirigeants conscients, déterminés et exemplaires ; d'entreprises cohérentes et constantes sur leur Purpose. Le chemin s'annonce très difficile tant l'inertie est grande, mais nous n'avons de toutes façons pas le choix. C'est dans la tempête qu'on reconnait les grands capitaines : si vous lisez ces lignes, et que vous pensez en être, c'est le moment d'agir. Le vent contraire du Profit vous ramènera sans arrêt sur les rives du LeadershiT, mais tenez bon, gardez le Cap, n'écoutez pas les voix du monde d'hier. Le monde d'après, si on en veut un, en a besoin.

 

Du LeadershiT au LeadershiP

  • Publié le 22 mai 2020

Information

Editor :

Animatrice du Club Ecobiz Ressources humaines, management et stratégie

Published