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Philippe Silberzahn - L’effectuation ou la vraie façon dont les entrepreneurs pensent et agissent

Publication de l’intervention de Philippe Silberzahn, le 1er avril 2014. - Les entrepreneurs ne sont ni visionnaires, ni casse-cou. Ils ne sont pas non plus des super-héros ou des héros solitaires. Comme tout un chacun, ils ne savent pas prédire le futur. Par contre, ils réussissent en agissant sur l’avenir et leur vision se construit au fur et à mesure que progresse leur idée, leur projet, grâce aux partenariats qu’ils ont su nouer avec d’autres personnes.

À l’inverse de ce qu’enseignent les manuels d’entrepreneuriat, dans la réalité, les entrepreneurs partent de leurs ressources (et, financièrement, souvent de peu) pour définir leurs objectifs. C’est l’approche dite effectuale par laquelle on recherche les effets possibles des moyens dont on dispose.

Une très grande part des entrepreneurs suit cette logique à l’envers de la stratégie classique (définir un objectif, puis chercher les ressources pour l’atteindre) et cela les oblige à nouer des relations avec d’autres et à faire de ces personnes des partenaires. « Plutôt qu’une activité géniale, entreprendre est une activité sociale. Chez l’entrepreneur, la capacité à aller vers les autres est cruciale et les interactions avec autrui sont déterminantes pour la viabilité du projet et son avancement », observe Philippe Silberzahn, professeur à l’EMLyon Business School, chercheur associé à l’École Polytechnique (CRG) et auteur de L’Effectuation, les principes de l’entrepreneuriat pour tous.

Née il y a une dizaine d’années aux États-Unis et issue des travaux de l’enseignante-chercheuse Sara D. Sarasvathy, la théorie de l’effectuation infirme nombre de croyances en matière de création d’entreprise (brisant au passage quelques mythes), et défend une approche non élitiste de l’entrepreneuriat. « L’entrepreneuriat est universel mais il n’existe pas un modèle unique. Il est pratiqué partout dans le monde, dans toutes sortes de situations et par toutes sortes de gens. Tout un chacun peut être entrepreneur à sa manière », affirme Philippe Silberzahn. Mais dans ce tissu hétéroclite, se dégagent cependant quelques grands principes et une logique que Saras D. Sarasvathy a modélisés en processus. Alors chef d’entreprise, Philippe Silberzahn s’est intéressé à ces travaux qui observaient la façon dont les entrepreneurs de tous pays raisonnent et agissent dans leur démarche de création. Il s’est aperçu que les conclusions de la chercheuse reflétaient bien sa propre expérience.

« Le point de départ de l’aventure entrepreneuriale est la personne elle-même et sa rencontre avec une circonstance, un problème, un élément déclencheur. Le processus démarre donc avant que le marché n’existe. Puis, vient l’action qui crée le marché. Car, les entrepreneurs ne découvrent pas leur environnement, mais ils le transforment », explique Philippe Silberzahn.

La logique entrepreneuriale n’est donc pas celle qu’on croît et, en posant que le projet démarre, non pas avec l’idée, mais avec l’entrepreneur, en postulant qu’au lieu de deviner son marché, l’entrepreneur l’invente, et donc, en substituant à la classique logique de prédiction une logique de contrôle, l’effectuation constitue bien une façon entièrement nouvelle de concevoir la démarche entrepreneuriale.

Philippe Silberzahn décrit les cinq principes de la logique entrepreneuriale :

  • Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.
  • La perte acceptable.
  • Le patchwork fou.
  • La limonade.
  • Le pilote dans l’avion.

Il détaille le processus de l’effectuation : un paradigme de création de marché, et non de découverte, dans lequel interviennent une part de hasard et beaucoup de subjectivité, un mécanisme de création au sens large, pouvant tout autant s’appliquer à l’innovation qu’à la nécessité pour tout chef d’entreprise de se remettre constamment en question. « Adoptée spontanément par des gens divers, c’est une façon de faire que tout un chacun peut s’approprier et appliquer à son projet. C’est une démarche accessible à tous et qui peut être enseignée », assure Philippe Silberzahn.

Philippe Silberzahn étaye son exposé de nombreux exemples de marques reconnues et dont les fondateurs ont intuitivement usé des principes de l’effectuation : IKEA, Wal-Mart, 3M, Facebook, U-Haul et, à l’aube des années 2000, la Nine Dragons Paper de la Chinoise Cheung Yan, aujourd’hui premier producteur de papier d’emballage en Chine.

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